Syndromes and a century
Par Uzi Uzi_master, lundi 18 juin 2007 à 21:27 :: Visionnage :: #52 :: rss
Dernier film de Apichatpong Weerasethakul, dernier d'une trilogie dont il faudra bien admettre que je n'ai vu aucun des volets précédents.

Lotus d'or au Festival du Cinéma Asiatique de deauville.
Ce film est impossible à critiquer. En tout cas, il ne laisse prise pour rien. Et on aurait presque envie de n'en rien dire, si cela permettait de vous attirer par centaines dans les salles noires.
Diptyque surréaliste, cet ovni s'apparente plus à une vidéo d'art moderne qu'à un film classique. Plans fixes à l'envie. Couleurs, lumières. Souffles, bruitages incongrus, qui sont autant de battements de coeur d'une oeuvre qui en a. Du coeur.
Passons sur l'histoire, hommage du réalisateur à ses parents, qui voit des êtres humains se rencontrer, identiques, à deux époques différentes (les années 60 et aujoud'hui). Le spectateur ébahi, machoîre tombant sur la poitrine, se laisse aller au rythme doux de ce film qui coule comme l'eau. D'un personnage à l'autre, sans rien en saisir, en laissant à tous une part d'ombre gigantesque propice aux imaginations les plus fertiles, l'oeuvre nous mène à réfléchir sur la mémoire (celle qu'on triture pour essayer en vain de trouver un liant entre les deux parties du film, celle qui relie le cinéaste à ses parents, celle qu'on voudrait remplir de ces instants sucrés et doux comme une pâtisserie Thaï).
Il est d'ailleurs très amusant de comparer les deux traitements des deux époques du film. Chacune débute avec les mêmes dialogues et relations, et évolue différemment ensuite. Comme si la modernité excluait plus facilement le potentiel de la rencontre, avec ses couleurs claires, ses lieux publics aseptisés, ses sportifs bien portants. Comme si avec l'augmentation visible de la richesse matérielle du pays, s'était perdue une richesse intérieure, une poésie, qu'avec la propreté, on avait perdu le charme un peu crasse du naturel et du spontané.
Ce film de la contemplation ne lache jamais son public en cours de route. Chaque rencontre s'inscrit au fond de nous aussi sûrement que si nous avions été là, aux côtés de ce dentiste chanteur de pop Thaï qui soigne un bonze pour son Karma tout en fredonnant une soupe doucereuse. On sort de la salle béat, sans rien à dire, un peu de bave coulant encore au coin de la bouche et les yeux plein de lumière.
Il reste encore 12 salles à projeter ce bijou, il est fort probable qu'il ne survivra pas à la déferlante Fete du cinéma, mais votre médecin préféré ferait bien de vous le prescrire bien vite, ce film soigne les vagues à l'âme, le stress et les cors aux pieds !






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